Emmanuel et Nadia

« Mais la violence ne consiste pas tant à blesser et à anéantir, qu’à interrompre la continuité des personnes, à leur faire jouer des rôles où elles ne se retrouvent plus, à leur faire trahir, non seulement des engagements, mais leur propre substance, à faire accomplir des actes qui vont détruire toute possibilité d’acte. »

 » Toute guerre (…) instaure un ordre à l’égard duquel personne ne peut prendre distance. Rien n’est dès lors extérieur. La guerre ne manifeste pas l’extériorité et l’autre comme autre, elle détruit l’identité du Même. »

 » La face de l’être qui se montre dans la guerre , se fixe dans le concept de totalité qui domine la philosophie occidentale. »

« La paix des empires sortis de la guerre repose sur la guerre. Elle ne rend pas aux êtres aliénés leur identité perdue. Il y faut une relation originelle et originale avec l’être. »

« l’eschatologie n’introduit pas un système téléologique dans la totalité, elle ne consiste pas à enseigner l’orientation de l’histoire. L’eschatologie met en relation avec l’être, par-delà la totalité ou l’histoire(…) » »Elle est relation avec un surplus toujours extérieur à la totalité comme si la totalité objective ne remplissait pas la vraie mesure de l’être, comme si un autre concept, le concept de l’infini- devrai exprimer cette transcendance par rapport à la totalité objective , non englobable dans une totalité et aussi originelle que la totalité.

 » Cet au-delà de la totalité et de l’expérience objective, ne se décrit pas cependant d’une façon purement négative . Il se reflète à l’intérieur de la totalité et de l’histoire, à l’intérieur de l’expérience. »

Totalité et Infini/ Emmanuel Levinas/biblio essai poche, p 6 et 7.

Nadia Vadauri Gauthier initie sa démarche créative  » une minute de danse par jour  » après les attentats de Charlie , juste avant que notre pays entre en  » état d’urgence « .

La brèche que son art ouvre au coeur de la cité évoque pour moi l’infini dont parle Levinas qui  » se reflète à l’intérieur de l’expérience  » et qui signe la limite de l’approche totalisante du réel. Le mouvement dansé, l’état fluant du corps que Nadia met en jeu à l’intérieur du monde fait écho pour moi à la réappropriation de notre  » propre substance » , que Levinas dit politiquement impossible face à la réalité de la guerre.

le flux continu de la danse faisant écho à la continuité de l’être interrompu par la violence de la possibilité de la guerre.

comme une note fondamentale soujacente à l’humanité, une musique ontologique, qui se jouerait au milieu du monde , et redonnerait par là-même, une fenêtre toujours ouverte sur notre jardin intérieur où fleurit , de manière permanente , inconditionnelle et inéluctable, la paix que profondément nous sommes.

Le monde machine nous enferme, mais ce n’est pas là où nous sommes.

Frédérique Teyssier

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s