CONTE POUR MANON SUITE

Zephira passe ses doigts le long de l’inscription avec une intense curiosité. Ces lettres ne sont pas d’un alphabet qu’elle connaît et elle ne les avait jamais remarquées. Elle regarde mieux. Des fois que ce serait juste un dessin de bave d’escargots….mais non, les lettres sont gravées dans le métal. Elle regarde longtemps, elle essaie de comprendre, elle se dit que peut être elles vont réveiller une mémoire ancienne et qu’elle va déchiffrer d’un coup ce message que l’Univers lui envoie là maintenant. Mais rien. Aucune réminiscence, juste des signes muets sur un vieil arrosoir qui commence à se faire lourd.  » Ah ouich, c’est vrai! pensa-t-elle à voix haute, je n’ai plus ma plume… »Zéphira se dirige vers son potager d’un pas rapide et déterminé. Elle est comme ça , Zéphira, un truc à peine fini, la page est déjà tournée, elle passe à autre chose ! Oulala, son potager est tout sec, il y a urgence!! les feuilles des courgettes d’habitude si majestueuses , sont toutes recroquevillées et tête baissée!! le basilic est jaune et vire carrément au marron, le sol est dur et fendillé, les tomates ont déclaré forfait, même la lavande est toute sèche!! Mais Zephira verse, verse, verse , calmement, et sûrement, car elle sait l’extraordinaire pouvoir de l’eau, et la souplesse enchanteresse du vivant….elle a confiance en le pouvoir de régénération de ces plantes qu’elle aime tant, et au 3e arrosoir, alors qu’elle se sent emplie d’un sentiment profond de gratitude pour ces végétaux qui s’adaptent et orientent toute leur énergie vers la générosité de la croissance, un rouge-gorge se pose juste à côté d’elle et la regarde.

Zéphira n’entend pas ses pensées ( elle n’a pas sa plume-antenne) mais elle siffle joyeusement un petit air de fête en le regardant aussi. Elle s’assoit à côté de lui et le rouge-gorge sautille jusqu’à son genou où il se pose.

Zéphira ose une petite caresse sur sa tête avec toute la délicatesse possible pour elle en cet instant et le rouge-gorge ferme les yeux.

Elle ne sait combien de temps s’est écoulé, immobiles ainsi tous deux au milieu du potager….mais quand il s’envola elle sentit une paix profonde en elle. et chaque pas qu’elle fit vers sa yourte, ses pieds s’enfonçant dans la terre chaude et mouillée, était un pas nouveau, comme conscient de la vie de la Terre et de l’interconnexion de tous les êtres vivants avec Pachamama.

Cette nuit là Zéphira rêva de la plume qu’elle portait à son chapeau, elle avait retrouvé l’oiseau dont elle était née, un ara aux couleurs magnifiques mais avec un air à la fois pataud et arrogant et ce mélange lui donnait une allure de Kristof, un ancien amoureux de Zéphira qui s’était révélé dans les épreuves du quotidien il faut bien l’avouer…un sacré crétin! mais Zéphira l’avait aimé très fort et elle gardait les empreintes de cette relation dans le secret de son coeur.

Le ara était tantôt un oiseau -jouet tel que Zéphira l’avait connu enfant perché sur sa lampe en rotin, tantôt un vrai oiseau, extraordinairement vivant et intense, et Zéphira le suivit , et l’oiseau l’entraîna dans la forêt.

Les arbres étaient si hauts….Zéphira se sentait en sécurité parmi eux comme si elle était leur fille et qu’ils la protégeaient. Elle entendit alors le vent qui soufflait une musique angélique et Zéphira fut soulevée tout naturellement, elle ouvrit les bras bien grands et souriant comme un soleil e llese trouva au même niveau que l’oiseau…

Ils s’amusèrent à faire des vagues et des virages ensemble….parcoururent la forêt tantôt en slalomant entre les arbres, tantôt en la contemplant de bien plus haut. ces pérégrinations improvisées firent des  » trous dans le ventre » de Zéphira comme quand elle était petite et que sur sa balançoire elle touchait le ciel avec ses pieds.

Mais soudain le rêve devint cauchemar. La forêt était en flamme et le ara , dont Zéphira attendait une guidance vers une issue, avait un regard affolé et flou, un regard afflelou quoi, il était complètement perdu . Les flammes étaient immenses et le vol des deux complices devenait de plus en plus incertain, le feu faisait fondre leur pouvoir d’envol , la terreur paralysant leur élan vers les hauteurs. Ils perdirent de la vitesse, se sentirent perdus, et furent avalés par les flammes.

Zéphira se réveilla en sueur.

Elle mit un long temps pour émerger de ce cauchemar. Elle se fit une infusion de menthe pour se réveiller plus vite et revenir à une conscience claire.

« Oh! 8h08, mince! je suis drôlement en retard!  » C’était au tour de Zéphira de faire l’ouverture de la médiathèque, elle n’y serait jamais à temps!

Elle enfourcha sa moto et,, en slalomant entre les voitures des réminiscences de son rêve lui parvenaient par intermittence…

Pile à l’heure! Trop bien! Avec un grand sourire , elle remonta le volet en métal de la médiathèque « moi aussi j’ai une fée chez moi« . Quelques personnes étaient déjà là et une classe commençait à se faire entendre au bout de la rue. Zéphira adorait accueillir les enfants en son antre ouatée et colorée. Elle avait un contact particulier avec chacun d’eux , comme une connexion immédiate de coeur à coeur. Mais elle fut tout de même fort étonnée quand un petit garçon ,qui jamais n’avait ouvert un livre toutes les fois qu’il était venu avec sa classe, se tenait campé devant elle en lui tendant un livre , ses deux bras tendus et ses yeux plantés dans les siens, comme s’il lui rendait quelque chose qu’elle lui aurait demandé ou qu’elle attendait…

Stupéfaite mais surtout animée de curiosité, Zéphira s’empara du livre sans lâcher le petit garçon des yeux, puis découvrit la couverture.

Des signes étranges en lettres de feu étaient dessinés sur la couverture orange.

Elle n’en revenait pas….Ces signes, il lui semblait bien, mais oui, aucun doute, c’était exactement les mêmes !!!!