femmes laine tisseuses de ciel

Femmes – laine, les tisseuses de ciel
 
Lorsque les femmes-laine pénètrent chez Phi-la-tricoteuse-d’Infini, leurs couleurs d’être transparaissent sur leur peau de tricot. Lorsque les femmes-laine se rassemblent, l’Univers écoute et révèle ses plus belles étoiles. Lorsque les femmes-laine se réunissent , la forêt sent les roses de Damas. Lorsque les femmes-laine sont ensemble, ça s’entend! A peine ont elles passé la porte qu’elles débordent de paroles en farandole. Elles racontent leur monde, se content leurs découvertes, font de leur joie un son. Elles polyphonent de bonheur et de tendresse. Ainsi commence le premier tissage. De leurs mots entremêlés en un maillage d’instants de vie prend forme un tapis souple et moelleux .
Bien installées sur cette étoffe de rencontre , elles peuvent dévoiler les mets de leurs contrées gourmandes. Des salades bleues de reconnaissance, des tartes aux sentiments cristallins, des soufflés de rire grandissant, des mélanges de graines sauvages mais sages, des gratins d’humour avec beaucoup de beurre, des pains d’émotions moelleuses, des jus aux mille couleurs. Et bien-sûr des gâteaux vitengloutys, des crèmes qui ne finissent jamais de se fondre en délice, des tartelettes aventureuses aux mystérieuses saveurs introuvables . C’est comme cela que se fait le second tissage. Et pendant que le tissu de corps se remplit le coeur, dans un ordre que seuls les papillons et les libellules peuvent comprendre,les femmes-laine se lèvent et parlent.
Oulijaï, la-fileuse-d’instant-parfait, raconte que dans son pays, lorqu’elle déambule, des chemins apparaissent, et lorsqu’elle les suit, des choses magiques, merveilleuses et surprenantes se produisent. Elle dit qu’elle doit apprendre. Que déambuler n’est pas un verbe qu’elle pratique souvent mais qu’elle est en train de l’apprivoiser. Elle leur explique qu’il est doux et vaporeux, un peu farceur mais très généreux.
Zaëlle, la-tisseuse-de-mouvement-immense, leur apprend qu’aujourd’hui, elle s’était enfin résignée à promener ses vieilles espadrilles noircies par des taons plus vieux et des temps pluvieux, et qu’elle s’est trouvée face-à-face avec sa voisine qui revenait du marché avec une paire d’espadrilles enrubannées d’offrir, qu’elle lui tendit. Alors elle lève haut son pied pour montrer à l’assemblée ses espadrilles éclatantes de soleil et d’amitié.
Phi, la-tricoteuse-d’abondance, fait vibrer leurs présences, chante leurs unicités, et demande à la tête nouvelle de se présenter. Na, la-maïeute-de-voix-coeur, se lève alors, et dit que c’est Oulijaï, la-fileuse-d’instant-parfait qui l’a conviée , qu’elle est venue pour bercer leurs voix-coeur afin qu’elles tissemêlent le chant et la laine parce que ça guérit mieux.
Féhé, la-conteuse-d’idées-nouvelles voudrait rappeler que les gâteaux n’aiment pas attendre sinon après ils deviennent durmous et pasbondedan . Lorque toutes les femmes-laine qui le sentaient ont parlé, Lilou, la-nouvelle-en-ce-monde , lève de sa petite main orientale la cuillère de la fin.
Tout le monde se lève, on roule le tapis gourmand et on s’assoit sur le vide-en-nous-mêmes. Alors peut commencer le troisième tissage, celui qui tissemêle les étoiles-univers, le chant qui raconte les âmes et le brin unique de chaque femme-laine. Toute la nuit, les tisseuses de laine confectionnent un tissage précis, suivant des motifs sacrés très anciens, mêlés à des inventions du moment-instant. Et ce maillage d’âmes et de lumière elles le déposent, dans une danse aux harmonies élégantes, au pied de l’arbre-monde.
Alors l’arbre inspire profondément, ses racines frémissent, ses feuillent bruissent, on entend sa sève qui bouillonne, c’est l’arbre entier qui s’éveille plein d’une énergie nouvelle.
Les femmes-laine sont en cercle autour de lui, elles se tiennent par les épaules et se balancent doucement, contemplant l’arbre-monde incarner leur tissage. Soudain, plus aucun bruit, tout se fait silence, l’étoffe glisse en la Terre. Doucement, l’oeuvre des femmes-laine disparait. Elles le savent, l’arbre-monde continue de la tisser avec ses brins racines . Elles attendent.
Enfin un son clair résonne et des milliers de paillettes de toutes les couleurs jaillissent de l’arbre monde et retombent avec délicatesse sur la terre entière.C’est une pluie spéciale, de celles qui font pousser des choses impalpables, qui font naître au monde des sources où chacun puise la force du lien- qui -unit .
                            Lucille