la fin du monde était hier

 » De hautes bulles sur ton âme qui vacille, je souffle avec croyance le temps qui était loin. Cela n’a plus d’importance si la tambouille crame dans mon histoire, car le héros s’est enfui à la fin du monde. Il y a trouvé des fragrances des temps anciens , des synonymes dénués de saveur et de l’oubli de grande ampleur; et comme il se prenait les pieds dans ses racines, il a chuté le long de demain sans jamais que la chanson ne lui revienne et pourtant il a sifflé longtemps le pardon en équilibre sur sa chemise au dessus du vide qui ployait sous ses larmes tardives. Il criait :  » je te vois, courant d’eau pure, je suis ici, laissez-moi la fin des temps, laissez-moi ici en cet anéantissement du monde. Je ne veux pas couler de déraison. Laissez-moi la poussière et la terreur, le trou d’existence et l’absence phénoménale de lendemain. » Sans nous, ça se déchirera sans nous. Le coeur de la terrre en miettes entre nos mains d’adultes responsables se tordra dans un sursaut salvateur vers la louve affamée.  » je suis ici, je le sais, je le sens, laissez-moi la crasse insolente, la noirceur sans nuit et l’identité perdue. Laissez-moi me noyer dans le courant d’eau pure, je suis le sel, je veux mon sol. Rendez-moi mon sol sous mes pieds. Je veux danser la macabre histoire de mon monde qui s’effrite avec tout notre labeur pour réduire à l’état de lambeau la candeur céleste. »Des jours, il a hurlé dans le désert de la source pure. Il a clamé la fin des temps en cette fin du monde, le héros en fuite. Et il s’en est fallu de peu pour que cela mette un terme à mon histoire. Mais mon histoire a de l’écho et le choeur s’est fait entendre, le nuage a vacillé, la pluie a inondé le héros de futur fragile qui pousse quand on chante. Il les a entendu, il les a tous entendus. Il a pleuré, il a savouré la conscience de la connexion et il a vu la fourmi sourire. Et tous ont couru le long de la source pure jusqu’à la disparition du monde .Jusqu’à ce que le vide emplisse tout l’espace et que leur âmes de hautes bulles soufflées naissent des arbres bleus. Ils ont inspiré le maintenant distillé dans l’air calme, ils ont expiré la mémoire solitaire. Nous respirons l’humus avec la même intensité, nous regardons l’aurore avec la même innocence, marchons, marchons vers la même étoile. Délectons nous de nos chemins qui se tissent. Terre, terre de mes voeux je te lève, je te lave, je te rends ton courant d’eau pure pour que scintille jusqu’à la fin du soleil ta magie qui fait vibrer la vie.

Et la tambouille de mon histoire fut un délice.

Lucille Rahard