le temps d’un soupir

 » continue, continue, continue » la voix de Jackie Taffanel résonne encore à mes oreilles, comme une valse à 3 temps. Elle enseignait l’art du mouvement dansé en nous faisant passer par des shèmes organiques afin de réveiller le corps tout en douceur. Sa danse s’écrivait dans les fascias élastiques et s’étirait à l’infini comme un long ruban de nos présences qui se déroulerait dans une parfaite continuité. Pas de heurt, pas de rupture, pas d’arrêt, bref! pas de découpage mais la vie qui circule et la vie qui se tisse en un même mouvement dansé.

J’adorais ses chorégraphies . J’avais l’impression d’accéder à l’infra-monde, au langage du silence qui meut nos corps dans la trame des relations avant la conscience individuelle.

Le souffle qui traversait le plateau que ce soit en spectacle ou dans les ateliers d’entraînements était bénéfique, yin, nourrissant , magique !

Elle écrivait dans le vivant , elle chorégraphiait au féminin, et, pour moi, s’inscrivait dans la lignée d’une Trisha Brown.

Elle donnait des noms à certains passages de l’entraînement qui nous enseignait à la fois le corps et à la fois la présence, et sa philosophie ne dissociait pas les deux.

Dans un passage au sol, elle appelait  » le point tranquille » un passage suspendu sur les ischions bras en l’air avant de rouler…on devait trouver le  » point tranquille » ( sans s’y arrêter cela va de soi..) en passant par la verticale, c’est à dire le moment ( ou le lieu? ou la posture? ou la qualité? ) où la colonne vertébrale tenait toute seule sur ses appuis, pas besoin de muscles superflus , inutiles et volontaires, la pesanteur devait seule suffire, comme un pendule, si l’on trouvait ce  » point tranquille ».

Revenir au présent, c’est pour moi, comme accéder à ce point tranquille.

Le temps zéro. Où l’on se détend. où l’on quitte le faire et sa temporalité musculaire pour accéder à l’être et sa temporalité spacieuse.

le temps zéro, comme un oasis de l’être., pour une présence qui peut se déposer, se savourer.

Le temps zéro, qui sans aller nulle part ouvre les perspectives tous azimuths .

Et , si l’on réfléchit, c’est à partir de là qu’on accède à la sensation de continuité.

cela peut paraître paradoxal, car on se représente la continuité comme le fil chronologique.

Mais la chronologie découpe, comme les feuillets de l’agenda, notre vie en moments repères, identifiés, vus de l’extérieur.

La présence qui se déploie quand l’être se retrouve en ce point du temps zéro se trouve d’emblée enracinée dans le tissu continu et relié du vivant et peut savourer l’éternité infinie ….

Je vous souhaite , chers jardiniers de l’amour, de vous retrouver au  » point tranquille », de vous sentir vivant , passeur de la valse du temps, continue, continue, continue…