tourner la page

Zéphira referma le livre très émue, elle alla s’asseoir sur la mer de coussins jaunes et oranges du coin enfant et le petit garçon la suivit; Bien installés dans la chaleur de la pré-histoire, Zéphira et le petit garçon se régalaient d’avance de ce que le livre promettait. Mais quand Zéphira commença à lire à haute voix elle sentit la présence du petit garçon se retirer peu à peu; elle comprit et adressa un regard à l’enseignante….

 » Mais….Que voulez-vous?! La commission migrants nous en a imposé un par classe!!! Vous imaginez si j’en avais 30 comme ça? On n’peut tout même pas accueillir toute la misère du monde!!! »

Zéphira ne répondit pas sentant que ce serait inutile…et réfléchit plutôt à comment raconter l’histoire à ce petit garçon qui ne comprenait pas le français et qui se sentait invité par ce livre…Elle resta quelques secondes désemparée , elle regarda le petit garçon , et ils restèrent ainsi yeux dans les yeux un bon moment, elle eut alors une idée! Elle alla chercher sous son bureau , soigneusement rangé et oublié là depuis un sacré bout de temps , son tambour.

Elle resta debout, son tambour à la main, hésitante, puis décida : elle ferma les yeux et écouta…

Elle commença tout doucement une pulsation lente et régulière, un chant lui vint dans une langue qu’elle ne connaissait pas mais dont les sonorités la transportait, le son était grave et ses pieds commencèrent à osciller en rythme, puis elle se déplaça en formant un cercle dans lequel, un par un, tous les enfants entrèrent, sa voix s’envola d’un coup, le chant se déployait désormais dans les hauteurs, la ronde s’accélèra, les enfants se mirent à chanter EOOOE, ils regardaient le sol, EOOA, ils regardaient le ciel, AOOE, ils se regardaient en face, une joie inouïe s’empara du choeur, ils se retrouvèrent ensemble au -dessus d’une forêt en flamme, doucement ,doucement , portés par le chant, ils atterrirent, ils traversaient les flammes sans souffrir de la chaleur, et se sentaient au fur et à mesure qu’ils traversaient cette langue de feu, de plus en plus légers et harmonieux, au sol, un chef du peuple de la forêt les attendait, sa tribu chantait le même chant que les enfants, les rondes s’entremêlèrent et s’unifièrent.

Quand ce fut au tour du silence de parler, chacun tenait la main de tous, et tous tenait la main de chacun, un ara perché sur son épaule, le chef se tint face à Zéphira, ôta sa parure de plumes colorées, et en coiffa Zéphira.

 » Mais qu’est-ce-que c’est que ce bordel!!!  » le directeur de la médiathèque entra en trombe , propulsé hors de son petit bureau-bocal par une force physique insoupçonnable en regard de sa carrure chétive….Les enfants éclatèrent de rire, Zéphira se dit qu’elle allait être virée… » Vous m’aviez caché ce talent » dit-il, en décrochant un large sourire à Zéphira… » mais si vous pouviez reprendre une attitude disons …. plus… civilisée… » Zéphira, ne répondit pas, sentant que c’était inutile, mais fut heureuse de garder son poste.

De toute façon, il était l’heure de la fermeture.

En déroulant le rideau de métal, elle entendit une voix familière, elle sourit mais afficha un visage impassible en se retournant.

« Zef! j’ai un truc à te dire…Kristof s’approche, toujours aussi pataud, mais où donc était passée son arrogance ?  » écoute, j’ai été vraiment trop con, …, Je ne sais pas comment dire mais, …, tiens! regarde, j’ai trouvé ça devant ma porte ce matin, je me suis dit que c’est sur ton chapeau qu’elle devrait être…. »

D’un geste tendre Kristof me raccrocha au chapeau dont je m’étais envolée…Mais Zéphira me décrocha aussitôt,  » Merci! Mais….je n’en ai plus besoin… » Elle me souffla dessus en éclatant de rire, je volai à nouveau et j’atterris devant la porte de….

FIN?